J'aime comme je respire, car il m'est impossible de vivre sans amour, et pourtant chaque bouffée me mène à ma mort. Esclave de ce besoin vital qui me mène paradoxalement à mon autodestruction, je papillonne sans cesse en recherchant de nouveaux sentiments et d'autres manières d'aimer. Je suis accro à l'amour plus qu'aux hommes, il me faut vivre intensément, pour me sentir exister. Il me faut être aimée et désirée pour vivre intensément. C'est l'histoire d'une dépendance, et d'un vide immense, que je n'ai de cesse d'essayer de combler. C'est l'histoire d'une femme toujours insatisfaite.
C'est l'histoire d'une petite fille qu'on a laissé seule dans un coin avec ses livres, et qui est arrivée à l'âge adulte sans passer par la case « enfance ». Non je ne suis pas la plus à plaindre, issue de l'union de deux personnes qu'on dira dans la norme, même si finalement ils ne l'étaient pas tout à fait, et qui s'aimaient, au moins à ce moment là. Pas de problèmes d'argent à la maison, jamais de conflit majeur. Simplement des parents un peu vieux, qui ne voulaient pas que « ça gigote » dans tous les sens. Alors on me faisait apprendre des poésies, on me donnait des piles de livres dans ma chambre, et je n'avais leur regard et leur admiration que debout sur une table à réciter Les Fables de La Fontaine. Pour être aimée, il me fallait être exceptionnelle. Chez moi, on n'aime pas sans condition, on a de l'ambition et la médiocrité ne mérite pas l'attention. Et j'aimais susciter les « Oh » et les « Qu'elle est intelligente pour son âge ! », « Elle est vraiment impressionnante ! »... Oui, c'est ça, il me fallait impressionner, et il m'en est resté ce besoin d'être hors norme, de créer chez les autres un sentiment unique.
J'aime les rendre fous, je veux être exceptionnelle, et généralement, on m'aime ou on me déteste. Je fais tout pour être celle qui étonne, qui surprend et qui crée des réactions inhabituelles. J'ai construit ma vie pour ça. Et je suis devenue ce personnage ambigu, passionné et torturé. Mon meilleur ami m'a dit un jour : « Tu aimes retourner le cerveau des hommes, tu es une femme fatale en quelque sorte. ». Je ne connais pas la définition exacte de la femme fatale, mais ce concept me colle à la peau et l'idée me plait. Elles ont des vies extraordinaires, et des destins tragiques, mais c'est le prix à payer pour ne pas vivre dans la banalité, non ? A la fois je l'accepte, et à la fois je souffre parce que j'échoue bien souvent dans ma quête. Et qu'on ne m'a jamais vraiment aimée au-delà du personnage que j'incarnais. On aime la jolie fille un peu folle, attachante et attachiante, qui a vécu des moments tragiques dans sa vie d'adolescente mais qui affiche le visage d'une femme forte et indépendante. Finalement, je suis bien plus dépendante qu'il n'y parait, et ma façon de me battre contre ces chaînes qui m'oppressent est d'essayer de prendre le pouvoir sur les hommes, de dominer leurs sentiments, de les mater enfin !
Et là je découvre quelque chose, une nouvelle façon d'aborder les rapports à un homme. Une nouvelle « moi », une nouvelle manière d'exister aux yeux de l'autre. A l'aise et libérée, sans se préoccuper de ce qu'il pense de moi, je m'ouvre à lui sans complexe, et je m'accepte. Je suis dans l'être et non plus dans l'avoir, je ne veux pas le posséder, je n'ai pas peur qu'il me voit, que son regard me transcende et qu'il perçoive les failles. Je ne me montre pas invulnérable et puissante, je suis moi, et j'apprends à me connaître en même temps que je me dévoile...
Je ne peux vous en dire plus, ce n'est que le début...